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LES MOUTONS NOIRS

LES MOUTONS NOIRS

De JACQUES NUNEZ-TEODORO

Les pauvres et les immigrés sont des moutons noirs, des individus à part, dont on se méfie, qu’on évite, qu’on regarde de travers. Parfois, quand les choses vont mal dans la contrée, on les montre du doigt, on affirme que ce sont eux les coupables, de tout et du reste.
Jacky est né dans les années cinquante chez les pauvres, enfant d’une fille de ferme et d’un immigré espagnol. « Bébé botte de foin » comme on disait de ceux conçus au hasard d’un accouplement furtif.
Aujourd’hui, il est orphelin.
Son père et sa mère s’en sont allés comme ils étaient venus. Sans bruit, transparents, veillant à ne pas déranger.
On écrit peu sur ces gens-là. Leurs histoires sont perdues dans un angle mort de l’Histoire. Laissés pour compte.
Immigrant dès 1919, lassés d’avoir faim sur une terre ingrate du fin fond de l’Espagne, Juan et Gregorio arrivèrent les premiers en France où ils remplacèrent dans les fermes les poilus morts dans les tranchées et se retrouvèrent ensuite dans la Somme à fouiller les champs à la recherche des mines.
Ces gens-là ont vécu. Leurs existences si banales, paraît-il, méritent pourtant l’écriture. Ça bouge, ça crie, ça pleure, ça sourit, ça rit, ça court après quelque chose que jamais ils n’auront su nommer. Le futur ? Ils ne l’ont jamais rencontré.
L’auteur, lui-même petit fils d’immigrés de la faim, reconstruit leurs ombres, franchit les barbelés du passé, dénoue les fils entremêlés de mémoires enfouies.
Son roman raconte la saga d’une famille de pauvres et d’immigrés sur trois générations. Un tissage de destinées minuscules, soudées à la misère et enfoncées dans le malheur, comme le sont toujours nombre de vies dans ce vieux monde qui aurait bien besoin d’un grand ménage.